Dans les années 80, une participation pendant cinq ans à SM à tout vent (dessins de presse) et aujourd’hui en revue (La Passe) ancre son dessin dans la veine humoristique qu’il poursuivra parallèlement à une veine plus intime, abstraite. La série de quatre livres parus en 2004 aux éditions du Rocher/Lo Païs d’Enfance, Quand je serai très très… grand, rapide, beau, fort, destiné au premier âge, qui décrit les peurs et les envies des petits, par le biais d’animaux, en fait partie, ainsi que les peintures anthropomorphes exposées dès 2003, dans divers lieux - cafés, restaurants de la capitale déjà au Brin de Folie - avec notamment 2 expositions personnelles à la galerie Caractère, rue St Maur, 75011, en décembre 2003 et septembre 2004. et des expositions collectives, notamment à Carcassonne, Espace Camberoque, en 2003.
Il approfondit parallèlement un travail sur la trace, abstraits, huile et matière, encres présenté dans des expositions collectives dès 1991, Couvent des Cordeliers, Paris, 1991, Cassis, 1993, Nuit des Cent Peintres, Paris 2001… qui aboutit à une exposition personnelle à Rochefort sur Loire, en mars-avril 2006, à partir d’une encre qui constitue la couverture d’un livre de poèmes de Brigitte Gyr, la Forteresse de cendres (Editions le Dé Bleu/Idée Bleue, mars 2006). Et à une exposition personnelle à la Mairie du XIIlème, Paris, en décembre 2006.
Il est également l’auteur d’affiches pour des pièces de théâtre, (Essaïon - Paris, Fontainebleau, Avignon etc. 1994-2002). Des travaux de facture différente mais liés par une profonde unité, l’unité de l’antérieur, la trace ; pour les œuvres plus ludiques, la trace de l’enfance.

Ces tours, ces atmosphères, ces blocs indéfinis,
ce granité de la matière, portent en eux une forme
d’apprentissage de la solitude, un monde où l’organique
semble dévoiler ce chaos d’où nous sommes issus.
Dans cet espace qu’il projette, on a le sentiment que
l’artiste porte en lui l’effondrement et en même temps la
renaissance d’une improbable et fugitive condition
humaine. On est confronté à une peinture minérale,
volcanique, qui semble sculpter, au travers de ses
éruptions, le granit millénaire de nos désarrois.
L’âpreté et la densité du grain de la toile, mettent en
évidence
et révèlent des traces rugueuses, celles où de vagues
espérances
n’ont pas tout à fait déserté le dur désir du vivre ; une sorte
d’injonction, un appel,
malgré le vertige du déséquilibre, à une forme de désir
harmonique
enfouie au plus profond de
l’être, malgré les fractures, la pétrification du temps ; un lieu
où l’esprit resterait vivant à la proue d’inquiétantes
incertitudes. On est interdit, angoissé et curieux, comme
on peut l’être devant ce monolithe étrange, fascinant et
indéchiffrable, d’une des dernières images du film de
Stanley Kubrick : 2001, l’Odyssée de l’espace…
Bernard Montini (comédien et écrivain)
C’est l’aube.
De l’aube, on dit souvent qu’elle est « pâle ».
Dans les toiles d’Hervé Borrel, l’aube est tenace. Elle vient de suffisamment loin pour tenir à elle-même, pour s’accrocher.
Le matériau lui aussi, dans cette peinture, accroche la lumière, et quelque chose d’une force, d’une résistance.
C’est une peinture qui « veut ». Qui veut la vie.
Des croix, pourtant, des croix, beaucoup. Sur quelles tombes plantées, dressées ?
Dans quelle protestation, vers quel sacré ?
Quelque chose, quelqu’un, au loin, jadis, a dû mourir, perdre, mais pas tout à fait, mais pas complètement.
Cela subsiste, vient en sa place, qui s’ouvre et se montre.
De vagues châteaux, pour quelles existences « à la tour lointaine »… Nerval, peut-être, et bien d’autres, appelés, réfugiés dans des contes de vertiges…
C’est certain, on est revenu d’un combat, et si éloigné que, sans doute, il ne peut être nommé. Le souvenir est trop vieux, mais il hante tous les tableaux.
Baudelaire surgirait, et ses « lacs sombres » avec Delacroix… écoutez, on entend son cri, qui bouge un peu… encore.
Les toiles d’Hervé Borrel font frissonner. Un émoi, un tremblement nous parcourt d’être comme échappés, rescapés de quel monstrueux péril, d’en être enfin sauvés !
À peine un souffle, un soupir, mais le soulagement vient, d’un coup. Après tant de froid, la réassurance. C’est un commencement, alors, et ce qui demande à vivre ne se taira plus.
Une aube, oui, c’est bien ce qu’on voyait !
« Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?…
Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. » (Electre, Giraudoux.)
Voyez-vous, c’est ça, Hervé Borrel.
Claudine Bohi (écrivain)
Pour Hervé Borrel
une craie effritée
geste sur
le papier des ombres
lents tâtonnements
-autrefois-
frappés de lave
grosse de sommeil
la nuit de l’enfance est triste
sur la toile
une griffure légère
arrachée à la grotte
dit la mémoire fracassée
les balbutiements rêvés
dans le silence des portes
la prairie odorante
l’absence des chairs...
une vie blottie
- tout- contre -
corps éteint
condamné au gel...
doigts gourds sur le clavier
l’espace raboté
un son aigu
peu de répondant
hache imparfaite
la voix ce soir tranchée
un bain de sang
le coton saisissant le vide
son invisible force
étouffant la pensée
avant
l’échappée
hors les murs où
la nuit ne cessait
de couler
l’aquarium
ses bulles infimes
une respiration
musique et cris
tout plein l’oreille
douceur ranimée
sève réveillée
la fourrure des bêtes
dans le jardin
avant
le mur de la mort...
une motte de terre
-froissée- la toile
un oiseau peut-être épinglé
parmi les papillons
le long crissement
du sable à poisson
dans le silence
une plume coincée
entre deux souvenirs
un peu de fiente
Brigitte Gyr. Paru dans la revue annuelle de Colette Klein : Concerto pour marées et silence.